DEMANDE D'ANNULATION DU SCRUTIN : Mankoo met à l'épreuve le Conseil constitutionnel

Une entreprise de fraude planifiée au plus haut sommet de l'Etat, exécutée par les services de celui-ci, avec le silence complice de la Cena. Voilà la définition que Mankoo Taxawu Senegaal donne aux élections législatives du 30 juillet. La coalition a saisi le Conseil constitutionnel. Mais c'est plus pour le mettre à l'épreuve qu'une confiance placée en cette institution.

Les résultats provisoires des élections législatives du 30 juillet dernier proclamés par la Cour d'appel de Dakar ont donné la majorité présidentielle victorieuse du scrutin, en particulier à Dakar, une localité très disputée. Mais les partisans de Khalifa Sall, aujourd'hui en prison, ne reconnaissent nullement une quelconque défaite dans ce fief qui leur est acquis depuis 2009. Hier, ils ont organisé une conférence de presse pour porter à l'opinion publique l'ensemble des griefs qu'ils ont soulevés contre les organisateurs du scrutin et annoncé la saisine du Conseil constitutionnel depuis le mercredi 9 août dernier.

En fait, la Coalition Mankoo Taxawu Senegaal (Mts) reste persuadée que "les élections législatives du 30 juillet dernier consacre une entreprise de fraude planifiée au plus haut sommet de l'Etat, exécutée par des services de l'Etat, notamment le ministère de l'Intérieur, la Direction générale des élections, la Direction de l'automatisation des fichiers, le ministère des Affaires étrangères, les représentations diplomatiques et consulaires''. Le tout couronné par "la complicité de la Cena qui n'a pas été à la hauteur de sa mission de supervision et de contrôle du processus électoral et qui s'est surtout signalée par son étrange et suspecte passivité face aux graves et nombreuses violations de la loi électorale''.

Partant de cette conviction, Mts a contesté auprès des 7 sages la régularité des opérations électorales. Ainsi, les partisans du maire de Dakar demandent, à titre principal, l'annulation purement et simplement du scrutin. À défaut, ils attendent des 7 sages, à titre subsidiaire, l'annulation du vote dans les communes de Biscuiterie, Grand-Dakar, Hann Bel Air, Patte d'Oie, Parcelles-Assainies, Plateau et Yoff. Les requérants semblent pourtant ne pas se faire d'illusion. Même s'ils disent le faire, parce que convaincus d'être dans un pays de droit, ils se doutent déjà de ce que sera la réponse.

"Nous avons saisi le Conseil constitutionnel, même si, au regard de l'histoire et de ses enseignements, on peut nous dire que nous le faisons pour perdre du temps. Nous estimons qu'il fallait le faire, parce que nous croyons encore en la justice de notre pays. Mais il faut surtout le faire pour être absolument et définitivement assurés qu'en plus d'avoir été planifiée par les autorités étatiques et exécutée par les services de l'Etat, cette victoire usurpée sera couverte par la justice électorale'', se projette Babacar Thioye Ba, le préposé à la lecture du texte préliminaire.

Ecarts du nombre de votants entre Pv et listes d'émargement

Dans le détail, Mankoo dit ne pas manquer d'arguments à mettre sur la table des juges. Selon la coalition, "entre autres irrégularités, il y a la non-conformité entre le fichier électoral remis aux présidents des bureaux de vote et aux membres de la Cena et ceux transmis aux partis politiques, alors que tous ces documents émanent d'une même entité, à savoir le ministère de l'Intérieur, organisateur des élections''. Il y a également "les écarts non justifiés entre le nombre de votants mentionnés sur les procès-verbaux de dépouillement et le nombre de votants comptabilisés sur les listes d'émargement des électeurs''.

Si l'on en croit les protestataires, il y a eu absence d'observation stricte des alinéas 4 et 7 de l'article L69 du Code électoral. En fait, expliquent les responsables de la coalition Mts, au-delà de la "production industrielle'' des ordres de mission "utilisés dans une entreprise de fraude sans précédent (3000 ordres de mission entre Dakar-Plateau, Yoff et Parcelles)'', "il a été noté que les ordres de mission spéciaux n'ont pas été annexés au Pv dans les communes de Dakar ci-devant cités. Ce qui est contraire à la loi. Et dans le cas où ça été annexé, il a été relevé l'absence de visa du représentant de la Cena du lieu de destination de l'électeur. Le tout sans compter l'absence d'éléments d'identification des votants hors bureau sur les Pv de dépouillement'', dénoncent les camarades de Khalifa Sall.

De même, renchérit-on, "les articles L85 et L86 ont été violés, en ce sens qu'il a été transmis aux présidents de la Commission départementale de recensement des votes, non pas l'original des Pv comme le veut la loi, mais des copies. A cela s'ajoute le fait que, poursuit- Mts, certains Pv n'avaient pas de cachet ou n'étaient pas du tout signés par tous les membres du bureau. D'où la conclusion de Mankoo: "Il s'agit d'une situation qui viole la sincérité du scrutin et une influence certaine sur le résultat dans le département de Dakar'', affirme la coalition.

Certains de ces manquements ont également été dénoncés dans d'autres localités. Dans les départements de Kolda, Foundiougne et Tivaouane, Mankoo affirme qu'il y a eu plus de votants ayant émargé que d'enveloppes trouvées dans les urnes. A Louga, Gossas et Kaffrine, c'est le contraire qui a été remarqué, c'est-à-dire que les votants relevés sur la liste d'émargement sont inférieurs au nombre de bulletins sortis de l'urne. Ce qui amène les responsables à demander l'annulation du vote dans ces différents départements. Même requête pour certains départements de l'extérieur, précisément en Afrique de l'Ouest et du Centre ainsi qu'en Europe de l'Est.

BABACAR WILLANE



Nous vous recommandons

Politique

Matar Ba : «y En A Marre Ne Cherche Que Du Buzz»

Seneweb

Politique

Mohammed VI regarde vers l'Afrique

Rewmi