"Après un AVC, j'étais comme ligoté dans mon propre corps"

Après 25 ans de bons et loyaux services dans la police, Richard Marsh mène une paisible reconversion comme professeur de criminalistique. "Dans mon uniforme de policier, j'ai risqué ma peau pour le bien de la communauté : poursuites en voiture, arrestations de gangs armés... Après un quart de siècle de ce régime, si on est encore en vie, c'est le moment de raccrocher, et c'est ce que j'avais fait, explique-t-il. J'ignorais alors, après avoir côtoyé la mort au quotidien, que le plus grand danger de ma vie viendrait de mon propre corps."

La menace se déclare le 20 mai 2009. Un matin en apparence comme les autres. "Une odeur de café flottait dans l'air depuis le salon, se souvient Richard. Je souriais. Lili, ma femme, était probablement déjà revenue de son cours de gym." Infirmière, son épouse se lève aux aurores pour faire sa séance de sport quotidienne, avant d'aller à l'hôpital.

"Une sorte d'assassin silencieux rôdait dans la pièce"

En sortant de sa douche, Richard n'est pas dans son état normal. "Je n'étais pas étourdi ou nauséeux. Je n'avais mal nulle part. Mais quelque chose ne collait pas. «Lili, je me sens bizarre», ai-je dit.Son mari n'étant jamais malade, Lili s'inquiète. "Pour la rassurer, je lui ai dit naïvement que ça allait passer." L'ex-policier aurait dû suivre son instinct.

"Au moment où Lili a fermé la porte derrière elle, tout mon univers s'est écroulé. Subitement, je n'ai plus été capable de lever mes jambes sur le petit repose-pieds à côté du canapé. J'avais un mauvais pressentiment. Une sorte d'assassin silencieux était présent dans la pièce avec moi. Je me suis traîné jusqu'au téléphone. Au lieu d'appeler les secours, j'ai téléphoné à ma femme.«Lili, s'il te plaît, rentre à la maison." Quelques minutes plus tard, j'ai entendu les sirènes des urgences. Lili les avait appelés. Quelques instants après, elle a déboulé dans le salon. J'étais soulagé de la voir, alors que les secours sortaient la civière et les trousses médicales. «Lili, ai-je dit en articulant mal, je crois que je fais une attaque...» Puis j'ai perdu toutes forces dans les jambes et je me suis effondré..."

"Un membre après l'autre, le néant envahissait mon corps"

Richard est transféré à l'hôpital. "Il est stable, a lancé le pompier au personnel des urgences. Mais on est en train de le perdre." Lors du trajet, l'ancien policier perd peu à peu le contrôle de ses membres : "J'ai eu l'impression que tout mon corps s'éteignait progressivement. Pourtant, j'avais encore des sensations - le trajet cahoteux, les sangles rugueuses sur ma poitrine, la perfusion dans ma main -, mais je ne pouvais pas réagir. Je ne contrôlais plus rien. J'avais vu des films où toute une ville s'éteint, un quartier après l'autre. C'était exactement ce que je ressentais. Un membre après l'autre, le néant envahissait mon corps." La course contre la montre est lancée. Richard se retrouve face à un médecin aux cheveux blancs : "Je vous envoie faire un scanner, Richard. Vous comprenez ? - Oui. Je rêve ou je viens de parler ? Tout d'un coup, comme ça, sans prévenir, j'avais repris le contrôle de ma langue. A en juger par l'expression du docteur, il me comprenait. Et, d'après le regard qu'il a lancé à ses collègues, il était aussi surpris que moi !"

Le scanner confirme l'accident vasculaire cérébral (AVC). "Devant ma femme Lili, le neurologue s'adresse à moi. Je ne peux lui répondre, mais je comprends tout. Mon état est critique." "Vous avez eu une attaque, m'explique-t-il. Foudroyante. Je dois vous prévenir, la plupart des AVC n'ont rien à voir avec le vôtre. Trois artères mènent au cerveau. Une artère carotide alimente respectivement les hémisphères gauche et droit. Dans de très rares cas, pas plus de 10 % des AVC, le malade peut développer un caillot dans l'artère centrale ou basilaire, qui est directement reliée au tronc cérébral. Elle naît de la réunion des artères vertébrales. Un caillot dans l'une d'elles ralentit la circulation du sang mais, en général, l'autre canal peut compenser."

"Je sens que mon propre corps est en train de me tuer..."

"Malheureusement, Richard, le scanner a révélé une anomalie de naissance. Chez vous, l'une des deux artères vertébrales est une impasse. Elle ne mène nulle part. Et, parce que votre caillot se trouve dans l'autre, le sang n'a aucun endroit où aller !" Opérer est impossible : dans cette zone, les lésions seraient fatales. Mais il existe bien un médicament, l'Activase. Pour faire simple, un "casse-caillot" : il agit en dispersant ce dernier. Il faut administrer ce médicament dans les trois heures qui suivent l'AVC, mais il a pour effet secondaire potentiel de rendre le sang trop fluide. "Cette fois, le neurologue s'est adressé directement à moi :«Vous comprenez ce que je suis en train de dire, Richard ? Et vous êtes d'accord pour essayer l'Activase ?» -Oui, ai-je répondu d'une voix rauque, surprenant tout le monde, moi le premier. Puis je suis redevenu muet." La fenêtre des trois heures ne va pas tarder à se refermer. Immédiatement, le neurologue s'active et transfuse une poche contenant le casse-caillot.

Le temps joue contre Richard. Tout à coup, il fait un malaise et sombre. "Je n'ai jamais rien ressenti de pareil, se souvient-il. J'aurais juré que je me trouvais dans un aquarium, dont je tentais de m'évader à grands coups de poing contre le verre. Sans tuba ni bouteille d'oxygène, je n'ai que l'air déjà présent dans ma bouche et il s'épuise rapidement. Je me noie. Mon propre corps est en train de me tuer. L'activité frénétique de l'équipe médicale confirme mes pires craintes.«Regardez, il a du mal à respirer !C'est le diaphragme qui lâche. Il faut vite l'intuber.»Je perçois parfaitement l'urgence dans les voix de l'équipe médicale. Puis, subitement, tout devient noir."

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