Tentation du 3e mandat : Comment Diouf et Wade ont donné le feu vert à Macky
En 2002, au lendemain du référendum de 2001, Me Doudou Ndoye, s'inspirant d'un précédent dangereux posé par le régime socialiste en 1998, avait publié un article aux Editions Edja pour expliquer comment Me Wade pouvait briguer un troisième mandat, malgré sa promesse de ne faire que deux mandats. Presque personne n'avait prêté attention à ces écrits jusqu'à ce que le réveil fût brutal.

C'est avec le même réflexe de sénilité profane que sont accueillies les réserves du Pr. Babacar Guèye, qui souligne que Macky Sall peut être candidat en 2024 s'il remporte la présidentielle de 2019.

« Quand a été rédigé la Constitution (de 2016), on a dû oublier certainement de prévoir des dispositions transitoires. Il fallait ajouter des dispositions transitoires pour prévoir que le mandat en cours fait partie du décompte des deux mandats que l'actuel Président peut avoir», a détaillé le Pr. Guèye sur les ondes de la Rfm.

Aux États-Unis d'Amérique, il a fallu le 22e amendement de la Constitution pour régler définitivement ce problème, après que le Président Roosevelt a dépassé les deux mandats. Et sous ce rapport, la section une de cet amendement peut tenir lieu de disposition transitoire dès lors qu'elle précise : « Nul ne pourra être élu à la présidence plus de deux fois, et quiconque aura rempli la fonction de président, ou agi en tant que président, pendant plus de deux ans d'un mandat pour lequel quelque autre personne était nommée président, ne pourra être élu à la fonction de président plus d'une fois. Mais cet article ne s'appliquera pas à quiconque remplit la fonction de président au moment où cet article a été proposé par le Congrès, et il n'empêchera pas quiconque pouvant remplir la fonction de président, ou agir en tant que président, durant le mandat au cours duquel cet article devient exécutoire, de remplir la fonction de président ou d'agir en tant que président durant le reste de ce mandat ».



Ainsi, le jeudi 23 juin 2011, les forces vives de la nation, ont vigoureusement protesté, devant les grilles de l'Assemblée nationale, contre la volonté de Abdoulaye Wade de vouloir s'accorder une rallonge lui permettant d'exercer le pouvoir au-delà des deux mandats autorisés par l'esprit (et la lettre ?) de la Constitution de 2001. A l'époque, les débats étaient enflammés et l'intention prêtée au Pape du Sopi de vouloir mettre son fils sur orbite avait jeté de l'huile sur le feu du duel d'arguments entre constitutionnalistes des deux camps. Pourtant, passée l'émotion, on se rend compte, autres temps, autres moeurs, que parmi les leaders socialistes qui manifestaient contre le projet de Wade, certains étaient mal placés.

En effet, par Loi n° 98-43 du 10 octobre 1998 portant révision des articles 21 et 28 de la Constitution, le Parti socialiste avait violé l'esprit des modifications constitutionnelles de 1992 qui limitaient les mandats du président de la République à deux. En clair, réélu en 1993 pour 7 ans (jusque-là le quinquennat, institué en 1963, était en vigueur), par cette révision constitutionnelle, le Président Abdou Diouf, s'il était réélu en 2000, aurait la possibilité de briguer un autre mandat au-delà de 2007. Malheureusement, l'Alternance intervenue en 2 000 a changé le cours des choses.

Ainsi, le procès en suspicion que soulève le Pr. Bababar Guèye, instruit, comme Me Doudou Ndoye, par le passé, est bien légitime, malgré les assurances du pouvoir qui soutient, à travers le référendum de mars 2016, avoir définitivement verrouillé la durée du mandat présidentiel.

En définitive, qu'est-ce qui priverait celui qui a promis de réduire son mandat de sept à cinq ans, pour ensuite revenir sur cette promesse par une pirouette de l'histoire dont seule la politique est capable, le privilège de marcher sur les traces de Abdou Diouf et de Abdoulaye Wade ?

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