Scandale foncier : Almadies, terre de mafia

«La mafia foncière des Almadies» n'avait pas de limites comme l'écrivait notre confrère ?'L'Observateur''. "Libération" révèle les dessous de cette affaire qui n'a pas épargné les notaires encore moins le ministère du Budget, dont le cachet avait été falsifié. A la découverte des As de la délinquance foncière, dont les victimes ne se comptent pas.

Mouhamed D.G, sans profession, domicilié à Sacré-Coeur 3, Mamadou N., chauffeur, domicilié à Ngor virage et Amath M., maçon, domicilié à Guédiawaye, sont au coeur de l'affaire rocambolesque qui a mobilisé durant plusieurs semaines, les enquêteurs de la Division des investigations criminelles (DIC).

En effet, depuis plusieurs mois, une bande de malfaiteurs organisés en gang sévissait dans Dakar et environs. Jetant leur dévolu sur les terrains nus, ils parvenaient à établir tous les documents afférents à la parcelle ciblée (propriétaire, situation géographique, superficies, etc.), avec la complicité de personnes ayant des accointances aux services des Impôts et Domaines. Ce faisant, la bande établissait au profit de ses membres, une fausse carte nationale d'identité numérisée, portant les filiations du véritable propriétaire du terrain ciblé.

Muni de tous ces documents donnant l'apparence d'une authenticité, l'un d'eux désigné pour la circonstance, va procéder à la vente du terrain avec les documents falsifiés. Pour mieux alpaguer les victimes, les malfaiteurs exigent toujours que la vente soit faite devant notaire conformément à la loi.

Après les premières formalités devant cet officier ministériel, le vendeur désigné par la bande propose à chaque fois à l'acheteur, de payer une partie du prix du terrain, hors la vue du notaire, pour lui alléger les frais d'enregistrement et de mutation. Par ce procédé, la bande réussit à encaisser de leurs victimes, des sommes d'argent variant entre 12.500.000 et 42.500.000 FCFA, versées à titre d'acompte.

Un procédé mafieux très huilé

Par ces agissements, la bande a réussi à escroquer beaucoup de personnes. Vu que les procédures de vente étaient initiées devant des notaires, ces derniers sont dans une angoisse totale et craignent que le discrédit soit jeté sur leurs études.

Lors de son audition, le sieur El Hadji Mbacké D. a déclaré avoir été contacté par des courtiers qui lui ont fait état de la vente d'une parcelle de terrain sise au quartier des Mamelles de Dakar, objet du lot n°48 à distraire du titre foncier n°435/NGA.

Après avoir visité le site, guidé en cela par son courtier du nom de Mbaye Serigne D. qui a soutenu avoir mis en rapport, le plaignant avec le supposé El Hadji Mansour S. du fait que ce dernier lui a déclaré être le mandataire de son oncle Bacary S., qui serait en Italie. Le plaignant a en outre confirmé les propos de son courtier. Il a soutenu que le supposé El Hadji Mansour S. lui a répété téléphoniquement la même chose.

Durant toutes les démarches, en vue de la vente du terrain, le plaignant a précisé qu'il était régulièrement en communication avec le supposé Bacary S., lequel l'appelait avec un numéro affichant l'indicatif de l'Italie. Mieux, lorsqu'il est parti voir la notaire Me Anta Kane, cette dernière lui a montré les documents afférents à la parcelle, composés notamment d'un droit réel, du bail, de l'autorisation de céder et de la procuration faite au profit d'El Hadji Mansour S.

Maître Anta Kane, première victime

Amadoué par ces manoeuvres frauduleuses, caractérisées par une fausse qualité, un faux nom et la présence de documents, le plaignant ne pouvait que consigner dans la comptabilité du notaire la somme de 50.000.000 F CFA. Il a également remis, contre décharge, hors la vue du notaire, la somme de 20.000.000 F CFA au supposé El Hadji Mansour S.

Contre toute attente, il a déclaré avoir reçu l'information selon laquelle, le véritable Bakary S., propriétaire du terrain, est en France. Mieux, ce dernier n'a mandaté personne pour la vente du terrain. A ce sujet, le véritable propriétaire dès qu'il a été informé de la mise en vente de son terrain, a quitté la France pour venir au Sénégal.

Lors de son audition, il a déposé tous les documents originaux et la copie de son passeport français, justifiant en être le véritable propriétaire. Le vrai El Hadji Mansour S. dont l'identité était usurpée, a été entendu. Il a déclaré être venu de la France pour assister son frère de même père et mère. Lors de leurs auditions respectives, la notaire Me Anta Kane et son clerc Cheikh Tidiane S. ont confirmé les déclarations de El Hadji Mbacké D. Ils ont soutenu que les documents présentés à la vente, donnaient toutes les garanties d'une authenticité.

Cependant, Me Anta Kane s'est désolée d'apprendre du receveur des domaines de Ngor Almadies, que l'autorisation de céder était fausse. En effet, le document a été contrefait et la signature imitée. Ce n'est que quelques temps après, qu'elle a reçu au téléphone l'appel de Bacary S., depuis la France, véritable propriétaire du terrain, lequel lui déclarait en toute véhémence, être le propriétaire du lot n°48 à distraire du titre foncier 435/NGA.

Escroqueries en série

Convaincue d'avoir été flouée dans cette vente initiée par son cabinet, Me Anta Kane a demandé au contrôleur des impôts de ne pas enregistrer l'acte. Mais, il faut reconnaitre que c'était peine perdue car les escrocs avaient déjà encaissé les 20.000.000 F CFA de El Hadji Fallou Diop, avant de fondre dans la nature.

Il y a lieu de signaler que par ce même mode opératoire, les supposés El Hadji Mansour S. et Bacary S. ont escroqué respectivement les nommés Nassirou S. (de la somme de 19.000.000 F CFA) et Gnima C. (de 20.000.000 F CFA), sur le même lot 48 sis aux Mamelles. Les deux victimes ont porté plainte respectivement à la Brigade de gendarmerie de la Foire et de Thiong.

Dans le même sillage, les sieurs Boubacar D. et Massamba N., ont déclaré avoir été informés par des courtiers, de la vente d'un terrain sis à la zone de recasement de Ouakam, objet du lot n°180 à distraire du titre foncier n°526/NGA. Selon le sieur Massamba N., c'est dans ces circonstances qu'il a obtenu le numéro de téléphone d'un certain Papis qui, joint au téléphone, lui a laissé entendre que le lot en question appartiendrait à son oncle dénommé Abdoul Aziz S., résidant présentement au Maroc, lequel lui aurait donné mandat de vendre la parcelle de terrain n°180 sise à Ouakam.

Me Saguinatou Dia Barro aussi...

Une semaine après leur premier contact téléphonique, il a déclaré avoir reçu à nouveau l'appel de Papis, lequel lui a fait part de la venue au Sénégal de son oncle Abdoul Aziz S.. Sans tarder, une rencontre fut fixée avec le supposé Abdoul Aziz S., à l'issue de laquelle, les parties sont allées devant la notaire Me Saguinatou Dia Barro, pour finaliser la vente.

Le plaignant a déposé lors de son audition tous les documents afférents au lot n°180 en question, obtenus du supposé Abdoul Aziz S.. Quelques temps après la vente, le sieur Massamba N., déclare avoir été appelé pour son notaire, qui lui a révélé qu'une procédure de mutation portant sur le même lot, a été initiée par un autre notaire.

Automatiquement, il a appelé Papis et le supposé Abdoul Aziz S., en vain. Là, il a compris qu'il venait d'être victime d'une escroquerie par les susnommés qui ont déjà encaissé 35.000.000 F CFA par chèque, représentant le montant payé hors la vue du notaire. Sur le même lot n°180 à distraire du titre foncier n°526/NGA, le sieur Boubacar D. déclare y avoir déjà versé un acompte de 12.500.000 F CFA, entre les mains du supposé propriétaire Abdoul Aziz S.

Revenant sur les circonstances de la transaction, il a dit être entré en contact avec le susnommé par le biais de son courtier. Celui-ci l'a mis en rapport avec un autre courtier du nom d'Ababacar Sadikh M., qui lui a montré les documents du terrain, avant de le faire visiter le site en question.

Convaincu, il a demandé à rencontrer Abdoul Aziz S. pour marchander le prix du terrain, qui a été finalement fixé à 42.500.000 F CFA. A l'issue de cette rencontre, le plaignant est allé en compagnie du supposé Abdoul Aziz Sall, au cabinet d'un notaire pour établir une promesse de vente.

A ce sujet, le clerc de notaire Ndèye Aminata S. a déclaré avoir reçu dans son bureau, le client Boubacar D. et le supposé Abdoul Aziz S., pour l'établissement d'une promesse de vente portant sur le lot en question. Elle a précisé que le vendeur devait se faire délivrer auprès des impôts et domaines, une autorisation de céder, sans laquelle la vente définitive ne pouvait avoir lieu.

A leur sortie de l'étude, le plaignant déclare avoir remis hors la vue du notaire, un acompte de 12.500.000 F CFA au mis en cause, sur sa demande. Il y a lieu de signaler que par ce même mode opératoire, les supposés Papis et Abdoul Aziz S. ont escroqué le nommé Massamba S., sur le même lot 180 sis à la zone de recasement de Ouakam, pour un préjudice de 10.000.000 F CFA.

Des informations obtenues, il ressort que le sieur Massamba S. est présentement en dehors du territoire national. Mais devant le cabinet de notaire Hajarat Aminata Guéye Fall, où la vente était initiée, représenté par son avocat Me Ibrahima Dia, il est revenu lors de son audition sur les grandes lignes de cette affaire.

En substance, après avoir abordé le mode opératoire des mis en cause, il a appris que sa cliente Me Hajarat Aminata Guéye Fall a été alertée par sa consoeur, Me Sanguinatou Barro Dia. En effet, cette dernière avait déjà initié une procédure de vente sur le lot n°180 au profit de Massamba N. Le sieur Ibrahima D. a fait remarquer que les documents de la vente déposés par le supposé Abdoul Aziz S. aux cabinets des notaires Me Hajarat Aminata Gueye Fall et Me Sanguinatou Barro Dia, sont identiques.

Cependant, il y a une différence sur les épreuves photographiques du supposé Abdoul Aziz Sall et les dates de délivrance inscrites sur les cartes nationales d'identité.

Me Hajarat Aminata Guéye Fall allonge la liste

A ce stade de l'enquête, le vrai Abdoul Aziz S. a été identifié et convoqué. Lors de son audition, il a déclaré ignorer les sieurs Massamba S., Massamba N. et Boubacar D. Preuve attestant qu'il n'a jamais initié personnellement une procédure de vente immobilière portant surlelot180, au profit des victimes. Il a ajouté n'avoir mandaté personne pour la vente du dit lot. Eu égard à la gravité des faits, des recherches ont été menées pour interpeller les malfaiteurs et les mettre hors d'état de nuire.

Rappelons que dans l'affaire de la victime Massamba N., ce dernier communiquait durant toute la procédure de vente, avec Papis par le numéro de téléphone suivant : 76.276... Exploitant le listing des appels émis et reçus par le numéro précité, il ressort qu'un lien avec le numéro 77.527..., identifié sous le nom de Ababacar Sadikh M.

Convoqué et entendu sur procès verbal régulier, il a révélé que l'attributaire du numéro Tigo 76.276... s'appelle Papis. Mieux, il a soutenu que ce dernier l'a contacté en sa qualité de courtier, pour chercher un client pour son oncle Abdoul Aziz S., qui voulait vendre son terrain sis à la zone de recasement de Ouakam, objet du lot n°180 à distraire du titre foncier n°526/NGA.

Il a ajouté avoir mis en rapport le supposé Abdoul Aziz S. avec un client du nom de Boubacar D. et la procédure de vente était même initiée au cabinet d'un notaire en Centre-ville.

Un premier suspect cueilli en pleine «transaction» chez un notaire

Sans désemparer, un transport a été effectué sur place. Informé de la situation, le cabinet s'est rendu compte aussitôt des manoeuvres des mis en cause.

C'est ainsi qu'une souricière a été mise en branle, consistant à demander au supposé Abdoul Aziz S., d'y passer pour finaliser la vente et récupérer le prix d'achat du terrain, qui a été déjà consigné à la comptabilité du notaire par Boubacar D.

Préalablement à ce rendez-vous, la DIC était déjà déployée sur les lieux, pour interpeller le supposé Abdoul Aziz S.. Ce dernier qui s'est présenté quelques heures après, a été vite appréhendé et conduit au service. Après vérifications, celui-ci a comme vraie identité Mamadou N. né le 10/07/1982 à Thiadiaye.

Usurpation d'identités

Poursuivant les investigations, le cerveau de la bande identifié plus tard, sous le nom de Mouhamed Diouf G., a été interpellé à Sea Plaza à la suite d'une filature, suivi de l'interpellation de son acolyte, Amath M. intervenu quelques heures après, près de l'Ambassade de France.

Les premiers aveux

Lors de son interrogatoire, le nommé Mouhamed Diouf G. a reconnu sans ambages avoir orchestré tous les cas d'escroquerie commis sur les terrains, objet des lots n°48 à distraire du titre foncier n°435/NGA et n°180 à distraire du titre foncier n°526/NGA, situés respectivement aux Mamelles et à la zone de recasement de Ouakam.

Relativement à la parcelle de terrain n°48 sises aux Mamelles, il a reconnu qu'il se faisait passer pour El Hadji Mansour S. neveu de Bacary S., propriétaire du terrain. Il a ajouté que le rôle de Bacary S. était joué par un de ses acolytes du nom de Petit B., domicilié à Mbao sans autres précisions.

D'ailleurs, Me Anta Kane, le clerc de notaire Cheikh Tidiane Seck et El Hadji Fallou Diop l'ont identifié formellement comme le faux El Hadji Mansour S., lors de leurs présentations respectives de témoin à suspect. Pour mieux alpaguer ses victimes, il a déclaré s'être établi, une procuration notariée auprès de l'étude Me Anta Kane, où il s'était présenté en compagnie de Petit B., munis des documents contrefaits du lot n°48 à distraire du titre foncier n°435/NGA, composés d'un bail, d'un droit réel, d'une autorisation de céder et de deux fausses cartes nationales d'identité numérisées, établies au nom de Bacary S. et El Hadji Mansour S.

Il a aussi précisé que lesdites fausses cartes, ont été confectionnées grâce à la complicité d'un certain Malick F. alias Mawo sans autres précisions. Pour ce qui est de la confection des faux documents, il a soutenu dans un premier temps, les avoir établis à la machine dans un cyber de la place, avant d'y scanner les cachets et signatures requis.

Par ces manoeuvres frauduleuses, corroborées par des faux documents administratifs, le nommé Mouhamed Diouf G. a reconnu avoir encaissé de ses victimes une somme globale de 59.000.000 F CFA.

Interrogé à nouveau, il a précisé avoir extorqué une somme de 20.000.000 F CFA à El Hadji Fallou D., 19.000.000 au préjudice de Gnima C. et 20.000.000 au préjudice de Nassirou S. Concernant la parcelle de terrain sise à la zone de recasement de Ouakam, il a reconnu qu'il se faisait passer pour Papis neveu de Abdoul Aziz S., propriétaire du terrain. Il a précisé que le rôle d'Abdoul Aziz S. était joué respectivement par ses acolytes Malick F., Sidi Makhtar S. et Mamadou N.

Pour mieux leurrer ses nouvelles victimes, il a employé pratiquement le même mode opératoire. En effet, il a fait confectionner de fausses cartes nationales d'identité numérisées portant les vraies filiations d'Abdoul Aziz S., en y apposant leurs épreuves photographiques respectives. Il a également falsifié les documents concernant le lot n°180 à distraire du titre foncier n°256/NGA, constitués d'un bail, d'un droit réel et d'une autorisation de céder.

Il a relevé en outre que lesdites fausses cartes, portant les épreuves photographiques de Malick F. et Sidi Mokhtar S., ont été confectionnées grâce à la complicité de Malick F. alias Mawo. Ainsi relativement aux deux transactions (concernant les lots n°48 à distraire du titre foncier n°435/NGA et n°180 à distraire du titre foncier n°526/NGA), le nommé Mouhamed Diouf G et ses acolytes ont encaissé le montant global de 116.500.000 FCFA, au préjudice des victimes, El Hadji Fallou D., Nassirou S., Gnima C., Massamba S., Massamba N. et Boubacar D.

Par ailleurs, Mouhamed Diouf G. a déclaré que l'argent a été partagé entre lui-même et son acolyte qui se présente au cabinet du notaire pour la vente. Il a jouté qu'une commission de 5% est remis aux courtiers. Cependant, il a précisé que la clé de répartition ne se passe pas toujours de la sorte car il arrive qu'un membre de sa bande s'envole avec tous les fonds.

C'est l'exemple de Sidi Makhtar S. qui, après avoir encaissé la somme de 35.000.000 F CFA des mains de Massamba N., n'a versé qu'un montant de 5.000.000, avant de disparaitre avec le restant.



Les cachets du ministre du Budget, du gouverneur de Dakar, de la DGID... falsifiés

Lors de la perquisition effectuée à son domicile, il a été découvert dans un sac noir, sept (07) enveloppes contenant des piles d'autorisations de céder, des actes de cessions, des bordereaux analytiques, des plans de masse, des piles de droits réels, de baux, ainsi que divers autres documents trouvés dans une enveloppe ; deux (02) encriers et dix-neuf (19) cachets portant les enseignes suivantes : Me Mouhamadou Touré, notaire Dakar Sacré-Coeur 3 N°9253. BP 45808 DK. Fann ; Maitre Mouhamadou Aly Touré, notaire Dakar xVI ; pour expédition ; Direction générale des Impôts et Domaines ; Conservatoire foncière bureau Ngor-Almadies, Centre des services fiscaux Ngor/Almadies ; Gouverneur de la région de Dakar; Chef du bureau des domaines de Ngor-Almadies et Dakar; Enregistrement au bureau de recouvrement Ngor-Almadies et Dakar; Ministre délégué auprès du Ministre de l'Economie des Finances et du Plan Chargé du Budget et par délégation le Directeur Général des Impôts et Domaines ; Enregistré à Grand Dakar Bordereau n°?; Ndiaga Lo, Payé livré, Numéro... Confondu par cette découverte, il est revenu sur ses déclarations antérieures.

En effet, il a reconnu que lesdits objets servaient à cacheter les faux documents des parcelles de terrains qu'il confectionnait. Il a déclaré les avoir obtenues auprès d'un faussaire de nationalité nigériane, connu sous le nom de «King», qui fréquente le marché des Parcelles assainies, sans autres précisions. Par ailleurs, il a soutenu sans convaincre, n'avoir pas encore escroqué personne avec ces documents découverts lors de la perquisition effectuée à son domicile.

Cet argument peut être admis pour les seuls baux dépourvus de cachet et de signature. Par contre, il y a lieu de remarquer que les baux établis aux noms d'El Hadji Ibrahim Faty M., Ndèye Madeleine C. et Samba N. sont signés et cachetés.

Blanchiment de capitaux

Interpellé sur son patrimoine, il a déclaré n'avoir ni terrain, ni compte bancaire. A l'en croire, tous ces montants escroqués ont été utilisés à des fins personnelles. Il en est ainsi de l'appartement meublé qu'il avait loué aux Almadies, en raison de 30.000 F CFA le jour, soit un montant de 900.000 F CFA le mois. Le nommé Mouhamed Diouf G. dit avoir pris en location pour sa mère, un appartement sis à Sacré Coeur 3. Le sieur Mouhamed Diouf G. s'est procuré avec cet argent, des taxis qui travaillent pour son compte personnel.

Les chauffeurs desdits taxis, en l'occurrence Cheikh N. et Isma D. ont, lors de leurs auditions respectives, confirmé qu'ils travaillaient pour son compte. Il s'agit des taxis immatriculés DK 2176 Y et DK 2952 AE. Ces véhicules ont été immobilisés et les documents afférents à leur conduite consignés pour les besoins de l'enquête. Il s'y ajoute que lors de la perquisition, il a été découvert un formulaire de contrat de location de voiture de la société dénommée «Universal Trade Car», des formulaires de contrat de location de voiture de la société dénommée «Transport Amar SARL», un document fiscal de la société dénommée «Société sénégalaise de Service».

Interpellé à ce sujet, il a rétorqué sans convaincre, que les documents incriminés ont été simplement collectés par curiosité. Lors de son interrogatoire, le nommé Mamadou N. a reconnu sans ambages son appartenance à ce réseau de malfaiteurs. Il a joué le rôle de faux Abdoul Aziz S. dans le dossier de Boubacar D. dans lequel il a encaissé hors la vue du notaire un montant de 12.500.000 F CFA à titre d'acompte sur le prix du terrain fixé à 42.500.000. Il a précisé qu'après partage de l'acompte, il a reçu une part de 2.500.000 F CFA.

Le 26/09/2017, jour de son interpellation, il a reconnu que sa présence au cabinet d'un notaire était venu pour finaliser la vente avec Boubacar D. et d'encaisser le chèque de 30.000.000 F CFA, représentant l'acompte consigné par le plaignant, dans la comptabilité du notaire.

Sur les faux documents confectionnés dans le cadre de cette affaire, pour alpaguer la victime, il assure n'avoir fait confectionner que la fausse carte nationale d'identité numérisée, supportant son épreuve photographique. Et que le document incriminé lui a été délivré grâce à la complicité d'un rabatteur du nom d'Abdoulaye S., qui fréquente la Direction de la Police des Etrangers et des Titres de Voyage (DPETV).

Selon lui, le dossier de Boubacar D. a été son baptême de feu. C'était la première fois qu'il se présentait avec de faux documents pour vendre un bien appartenant à autrui dans un cabinet de notaire. En conséquence, il a déclaré n'avoir pas participé dans le dossier de Bacary S.. Même s'il a reconnu avoir été au courant de toutes les démarches entrepris par Mouhamed D. G.

Durant les investigations menées dans l'affaire «Bacary Sonko» où le sieur El Hadji Mbacké D. avait été grugé de la somme de 20.000.000 F CFA, ce dernier s'était rappelé qu'à la date du 02 juin 2017, à 16 heures 41 minutes, à 19 heures 15 minutes et à 19 heures 19 minutes, le faux Bacary S. de son vrai nom Petit Ba, l'avait appelé avec un numéro masqué.

Suivant le réquisition n°441/DIC/BEF du 12/06/2017, il a été décelé que ledit numéro correspondait au 78.541..., identifié sous le nom de Mamadou N. grâce au logiciel «Simplissimo». Des mêmes suites, une réquisition, a été adressée à la Direction de l'Automatisation du Fichier (DAF), laquelle avait mis à sa dis- position l'épreuve photographique de Mamadou N., tirée dans sa base donnée, depuis le 12/06/2017.

Mieux, l'analyse de l'épreuve photographique obtenue bien avant son interpellation, a renseigné qu'il s'agissait de la même personne. Au moment de son interpellation, il a été trouvé par devers lui, un téléphone portable de marque «Samsung Duos», supportant toujours le même numéro 78.541...

Voici autant d'éléments qui ont permis de faire le lien entre lui et la bande d'escroquerie dans l'affaire «faux Bacary Sonko». Même s'il a persisté à déclarer n'avoir accompli aucun acte positif dans ce dossier de faux, son ancrage à cette association de malfaiteurs depuis fort longtemps, est incontestablement établi. Interpellé sur son patrimoine, il affirme n'avoir ni terrain, ni véhicule, ni compte bancaire créditeur.

Lors de son interrogatoire, le nommé Amath M. a d'emblée, nié connaitre Mouhamed Diouf G. Même avec la présentation de l'épreuve photographique de ce dernier, il a dit ne l'avoir vu ou connu. Se faisant passer pour un innocent, il a voulu faire comprendre qu'il est un simple démarcheur au service des impôts et domaines. C'est dans ce cadre qu'il a fait la connaissance du supposé Abdoul Aziz S., lequel avait besoin d'un droit réel portant sur son terrain sis à la zone de recasement de Ouakam.

C'est ainsi qu'il s'est rapproché de Saliou G. officiant au bureau des droits réels, pour obtenir ce document, qu'il a transmis par la suite au demandeur, moyennant la somme de 50.000 F CFA. Par la même occasion, il a rapporté que le supposé Abdoul Aziz S. lui avait promis la somme de 250.000 FCFA, après la vente du terrain. Il y a lieu de noter que pour la délivrance d'une copie de droit réel, l'usager ne doit s'acquitter que de la somme de 600 F CFA.

Interpellé sur sa présence sur les lieux, il soutient qu'il était venu récupérer sa part du butin, à savoir la somme de 250.000 F CFA promise. Il était accompagné de son ami Mandiaye S., lequel a été remis en liberté après son interrogatoire.

Comment la bande d'escrocs a été confondue

Lors de sa confrontation avec Mouhamed Diouf G., il a finalement reconnu connaître ce dernier. Mieux, il a avoué qu'il était bien au courant de ses actes d'escroquerie, portant sur les terrains dont il lui délivrait les droits réels, moyennant commission.

Par ailleurs, le nommé Amath M. a précisé qu'à chaque fois, il utilisait la procédure normale pour se faire délivrer un droit réel auprès de Saliou G., officiant aux impôts et domaines au bureau des droits réels. La bande à Mouhamed DioufG. a commencé à opérer depuis fort longtemps dans Dakar et ses alentours. Pour preuve, lors de la perquisition effectuée à son domicile, parmi les documents saisis, notamment les baux, ceux établis aux noms de El Hadji Ibrahim Faty M., Ndèye Madeleine Cissé et Samba N., ont été confectionnés durant la période de 2014 à 2016.

D'ailleurs, sa condamnation en 2014, d'une peine ferme de 6 mois, pour des faits similaires, en est une parfaite illustration. Son ingéniosité dans ce domaine découle de son expérience notariale. En effet, il a travaillé comme stagiaire au cabinet de Maitre Aissatou Guèye Diagne de 2010 à 2013. Au début, sa tâche se limitait juste à enregistrer les courriers «départ et arrivée». Quelques temps après, il a commencé à amener des actes au niveau des Impôts et Domaines pour enregistrement. Ces trois bonnes années, lui ont permis de maîtriser la procédure de vente immobilière, de même que les différents actes demandés.

Auteur: Cheikh Mbacké Guissé (Libération) - Liberation Quotidien

→ Lire l'article au complet sur Leral



Nous vous recommandons